Jean GACONNET
La Jaique - Mémoires d'un médecin de montagne
Editions PRESSES DU BELVEDERE - août 2006
... Cette année là l'hiver était particulièrement
rigoureux et, ce jour précis, les conditions météorologiques
n'étaient pas fameuses. Le ciel gris et les nuages cachaient les
sommets. Il tombait une neige mouillée qui rendait les routes encore
plus dangereuses et transformait peu à peu les pistes de ski en pataugeoires.
Aussi, l'appel qui me parvint en fin de matinée ne me combla-t'il
pas de joie. Je devais me rendre au chalet du Club Alpin Français
situé sur le Mont d'Or pour y examiner un enfant d'une collectivité
qui y séjournait. Le seul accès possible était représenté
par le télébenne, puisque la route d'accès habituelle
n'était pas ouverte. L'ancien médecin de Jougne, le Docteur
CHARLIN, avait eu en son temps les honneurs de la presse pour avoir réalisé
ce genre de visites et par les mêmes moyens. Rassuré par l'expérience
de mon confrère, je me présentai donc au guichet du télébenne
où l'on m'attendait et où l'on me mit une couverture sur les
épaules pour me protéger du froid et de la neige. Il me fallut
sauter en marche sur la plate-forme à deux places et fermée
en avant par une simple barre munie d'un verrou. Il n'y avait pas de siège
bien sûr, et le perchman m'avait bien indiqué l'endroit précis
où je devais sauter, pour marcher ensuite jusqu'au chalet, heureusement
peu éloigné du remonte-pente. Tout se déroula comme
prévu et, une fois la nacelle abandonnée, je me retrouvai
sur une neige damée, ne nécessitant pas l'utilisation de raquettes
ou de skis, que de toute façon je n'avais pas emmenés. Je
repérai facilement le chemin d'accès à la maison située
hors-piste et l'empruntai aussitôt, en enfonçant dans la neige
jusqu'à mi-tibia...
Yves PACCALET
Le bonheur en marchant
Editions JC Lattès - octobre 2000
... Je repars vers le haut. J'escalade l'arête finale du Mont d' Or
- une longue pente douce, au bord de laquelle le vent sculpte une corniche
épaisse qui ressemble à un tsunami figé. Je lève
les yeux au ciel. Je les abaisse vers l'horizon oriental - côté
suisse. Une mer de nuages s'étend sur la vallée et le lac
de Joux, le lac de Neuchâtel et le Léman. Les sommets des Alpes
émergent à l'horizon, tel un continent blanc de rêve.
Une Ultima Thulé pour Pythéas de Marseille. Une Antarctide
pour Arthur Gordon Pym. Je contemple le moutonnement des Alpes Bernoises
- la Blümlisalp, l'Eiger et la Jungfrau. Au sud-est, les Alpes du Valais,
le Mont Rose et le Cervin. Au sud, la frise fabuleuse du Mont Blanc.
Je tombe dans cette sorte de bonheur quasi cataleptique qui marque chacune
de mes arrivées sur les cimes, et la découverte des panoramas
qui se révèlent.
Le Mont d'Or - 1.460 m - n'est pas bien haut, mais c'est une élévation
du monde.
J'ai marché jusqu'à cette éminence par la magie de
mes astragales et de mes fessiers, des cornes motrices de ma moelle épinière
et de mes neurotransmetteurs. Pour satisfaire les centres de récompense
de mon encéphale.
J'ignore si ma vie a un sens. Mais ma marche a un but. Mettre un pied devant
l'autre. Et recommencer jusqu'à ce que joie s'ensuive...
Avez-vous
quelquefois, calme et silencieux,
Monté sur la montagne, en présence des
cieux?
Victor
Hugo - les feuilles d'automne

LA
FERME DES GRANGIERS
Une ferme comtoise pour des vacances 'nature' à Métabief
(répertoriée à l'inventaire
général du patrimoine)

Le Mont d'Or
est une montagne à vaches, certes. Mais entre le fond du vallon du Vaubillon
et le sommet, lorsque l'on franchit la crête sommitale après avoir
remonté les pentes de Piquemiette et assuré chacun de ses pas dans
le sentier du four, quand l'horizon s'est suffisamment élargi pour découvrir
le tiers de l'arc alpin, on peut dire comme Yves PACCALET, dans son livre 'Le
bonheur en marchant' :
" Le' Mont d'Or
n'est pas bien haut, mais c'est une élévation du monde."
Et
cette ascension maintes fois répétée, les variantes multipliées
pour visiter tous les recoins du massif, les gens rencontrés, sont autant
d'occasion de comprendre le pays et de se mettre en harmonie avec lui.
Un
berger racontera qu'à l'automne il regrette de n'avoir fait qu'arpenter
son pâturage tout l'été, mais que chaque printemps le trouve
à guetter avec impatience le jour du retour sur sa montagne.
Les
bûcherons reconnaissent la pénibilité du travail dans des
pentes souvent raides mais louent le ravissement des pauses sur les crêts,
dans la senteur de la sève des sapins façonnés, avec la compagnie
fréquente des chevreuils qui passent à la lisière même
de leurs coupes et devant les yeux les vallonnements vaporeux des anticlinaux
si typiques du relief jurassien.
Pas
une personne de rencontre qui ne dise la chance d'être là, qui se
plaise à expliquer les arbres paratonnerres protégeant les fermes,
les sapins espagnols, tricentenaires, écimés dans leur jeunesse
afin de devenir des arbres candélabres propices à l'abri des troupeaux,
qui vous rappelle l'exploitation de la limonite de Métabief, minerai de
fer qui affleure au pied de la Renversée et dont les galeries d'extraction,
abandonnées depuis 150 ans, sont maintenant recherchées par quelques
passionnés désirant faire revivre ce passé oublié.
La
randonnée qui vous est proposée commence devant la mairie de Métabief.
Le parcours fait le tour complet des falaises du Mont d'Or. Il se décline
en deux variantes selon que vous serez promeneur ou randonneur expérimenté.
La première variante suit le balisage jaune et bleu et fait une large boucle
par la Suisse afin de contourner les falaises par la gauche. La seconde, une fois
arrivé au hameau des Tavins
c'est tout droit. Plus court mais bien
plus raide. Il n'y a ni balisage ni aménagements. La dernière partie
a un caractère alpin. Elle nécessite de faire très attention.


1 - de Métabief aux Tavins
- 2 h 00
Depuis la mairie de Métabief, remonter toute la rue du
Télésiège (entre l'église et le cimetière)
jusqu'au parking de la station. Prendre le chemin du Pouillet, à gauche
sous l'enseigne METASKI et aller tout droit jusqu'au bout pour entrer dans la
pâture du Pouillet. Continuer tout droit en direction du Mont Ramey. Après
une petite montée en forêt le sentier est à peu près
plat jusqu'à ce qu'il en rejoigne un autre qu'il faut prendre par la gauche
pour sortir de la forêt. La cabane sur le bord du chemin marque l'arrivée
au Mont Ramey.
Continuer tout droit jusqu'au pylône électrique,
prendre à gauche et 50 m plus loin à droite un petit sentier qui
borde les champs du Mont Ramey en suivant la crête du Vaubillon. Aller tout
au bout de la crête (environ 2 km de sentier, très belle vue sur
les falaises du Mont d'Or) puis continuer tout droit pour descendre sur Les Tavins
(une pancarte indique "La Redoute - Ruines" mais il ne reste que quelques
pierres pour indiquer qu'à cet endroit un fort a été commencé
en 1793 sur ordre de la Convention, puis repris par Napoléon 1er en 1814,
mais jamais terminé.
Le sentier descend fortement. Par moment il est
quasiment bouché par les buissons mais il n'y a aucune difficulté
pour retrouver le chemin caillouteux qui vous amène sur le petit parking
des Tavins, à la sortie du vallon du Vaubillon.
C'est
ici que les deux itinéraires vont se séparer.
Itinéraire
de promenade -
- 2 - des Tavins au Mont d'Or - 2 heures
Depuis le parking, il faut
remonter la rue de la Piquemiette en direction du Mont d'Or. Vous apercevez rapidement
les falaises, au-dessus desquelles vous serez 2 à 3 heures plus tard. Suivre
la route jusqu'au chalet-restaurant de la Piquemiette.
Continuer
la route (qui n'est plus goudronnée) jusqu'à un grand virage à
droite où il faut la quitter pour le sentier juste en face (avant de l'emprunter,
il est possible de profiter d'un beau coin pique-nique en suivant 50 m le sentier
du milieu, (source du creux Soudet.). Revenir ensuite prendre le sentier indiqué.
Après avoir repris votre parcours, rester à gauche (toujours balisage
jaune et bleu) et franchir la frontière dans la forêt.
Sur
le mur frontière, à gauche du chemin, une borne bien visible (n°
67) porte les emblèmes français (lys royal -1649) et suisse (canton
de Vaud). Pour garantir l'emplacement de la borne, une brique était partagée
en deux et chaque pays enterrait une moitié sur son territoire, à
une distance convenue.
Un peu avant, sur votre droite, vous pourrez remarquer
une ancienne tranchée, longue d'une douzaine de mètres, perpendiculaire à votre
chemin. Il s'agit d'un vestige d'une exploitation minière dont le puits d'entrée
se trouve dans son prolongement, sur le premier replat, environ 50 mètres plus
haut.
Le
sentier remonte fortement pour sortir dans la pâture de Pralioux-dessous
(un sommet apparaît à gauche : la 'dent de Vaulion' 1.482 m). Remonter
la pâture, passer à côté de la citerne (le toit en
'V' permet de n'utiliser qu'un seul chéneau. Le réservoir enterré
alimente l'abreuvoir situé un peu plus bas pour permettre son remplissage
par gravité) puis, en tirant à gauche, franchir la barrière
par l'échelle prévue pour cela. Prendre à gauche et après
une courte descente remonter la route forestière, toujours en direction
du Mont d'Or. A la faveur d'une éclaircie de la forêt il est possible
d'apercevoir Vallorbe au fond de la vallée. Ce versant étant orienté
Sud, vous remarquerez que la forêt est à dominante feuillue, contrairement
au versant Nord.
En
parvenant à l'alpage de " Pralioux-dessus ", aller jusqu'à
la ferme puis remonter le goulet à droite. Il vous permet de parvenir
au mur frontière à proximité du refuge du Club Alpin Suisse
et, en prenant à droite, de remonter le long des falaises jusqu'au sommet
de "la Grande Alpe", ou encore "Les Roches Rousses", noms
que portait le Mont d'Or au moyen âge.
Par
temps clair, un panorama à 360° embrasse tous les sommets et les
vallées avoisinantes, le lac Léman, celui de Joux et de Remoray,
ainsi que 300 km de la chaîne des Alpes, du Titlis autrichien jusqu'à
l'Oisans.
En été, les gentianes de Koch sont fréquentes ainsi que les
petites orchidées et les lys martagon. Ces fleurs sont toutes protégées.
Il faut bien entendu s'abstenir de les cueillir.
La falaise est le domaine
des faucons crécerelles et des grands corbeaux.. Dans les pâtures
sommitales, de nombreuses alouettes font leurs nids à même le sol.
Le mâle ne manquera pas de siffler son très beau et long chant, en
vol stationnaire au-dessus de vos têtes.
-
3 - du Mont d'Or à Métabief - 2 heures
Continuer à
longer la crête des falaises du Mont d'Or en direction du sommet du Morond
où vous verrez l'arrivée du télésiège. Sur
votre gauche, plusieurs emplacements qui ne laissent voir de prime abord que des
pierres jetées là en vrac, sont en fait les restes des cabanes de
faucheurs utilisées jusqu'à la fin du XIX° siècle.En
s'approchant vous trouverez effectivement les bases des murs en pierres sèches.
Certaines contenaient des caches pour la contrebande. Tous les prés du
sommet du Mont d'Or ont été fauchés jusque vers 1950, mais
les cabanes ont été abandonnées dès que l'amélioration
des moyens de locomotion a permis aux faucheurs de redescendre au village chaque
soir.
Remonter par le GR5 (balisage blanc et rouge) jusqu'à la gare
du Télésiège et, à partir de la table d'orientation,
descendre le sentier d'interprétation du Morond (8 panneaux éducatifs)
en suivant son balisage spécifique (flèches en bois). Il longe plus
ou moins la ligne du télésiège du Morond et vous ramène
à votre point de départ.
-
Itinéraire de randonnée sportive -
Depuis
le parking des Tavins, remonter la rue de la Piquemiette seulement jusqu'au
ruisseau qui traverse sous la route dès l'entrée dans la forêt..
Quitter la route et rejoindre le ruisseau, au fond d'un ravin très encaissé.
Il faut remonter le ruisseau entièrement, même dans son lit car
l'été il est très souvent sec. Il n'y a pas de sentier,
à chacun de choisir ce qui lui convient le mieux.
Vous rejoindrez la route forestière sous
le chalet suisse Saint Hubert (bien qu'on soit encore en France). Remonter la
piste de ski tout droit en direction des falaises, le but étant de se rendre
au sommet des pistes, à l'arrivée du télésiège
des Roches qui se trouve tout à fait à gauche de la falaise.
En y montant, ne pas manquer d'aller faire une pause au pied même des éboulis
afin de baigner dans l'ambiance minérale et verticale de la falaise.

aération pour des galeries sous-jacentes,
soit une bouche d'extraction pour du minerai qui aurait été descendu
par le couloir. D'autres hypothèses ont également été
formulées, par exemple un site d'observation car il a une position privilégiée
par rapport au plateau suisse et à la route du col de Jougne. Des outils
de l'âge de la pierre polie ont d'ailleurs été trouvés
à proximité, sur les crêtes du Mont d'Or.
Continuer sur la gauche pour remonter les dernières pentes herbeuses et
sortir sur le sentier sommital, à gauche du sommet du Mont d'Or où
vous rejoindrez l'itinéraire précédent.
A.S.-
Juin 2001
Vous remarquerez que les zones herbeuses des éboulis sont le signe évident
de l'arrêt de l'érosion sur les falaises qui les dominent. Elles
constituent un lieu de pâturages privilégié des nombreux
chamois du Mont d'Or.
Le panorama s'élargit continuellement sur les sommets
jurassiens, sur le plateau suisse, les lacs de Neuchâtel et Léman,
et sur la chaîne des Alpes pour autant où la brume de beau temps
ne les dissimule pas.
Extrait de quelques ouvrages
mentionnant le Mont d'Or
Le
Mont d'Or dans la littérature

C.P.A.
LOYE
SOUVENIRS historiques suivis d'annales sur le village et la seigneurie
de Rochejean, ancien bourg à château au pied du Mont d'Or
Imprimerie et Librairie de Laithier - 1835
... A l'Est de Rochejean se trouve, en grande partie située sur son territoire,
la fameuse montagne du Mont d'Or qui termine au levant le plateau du Noirmont,
fraction remarquable du Jura, entre la Suisse et la France. Dans la belle saison,
cette montagne est chaque année le rendez-vous d'un grand nombre de curieux
qui s'y rendent des deux pays pour jouir de la belle perspective qu'elle présente
aux regards étonnés. Avant d'y arriver, on traverse, dans une
étendue plus ou moins considérable, la vaste et délicieuse
solitude du Noirmont, dont le silence majestueux n'est interrompu d'intervalle
en intervalle, que par le mugissement des nombreux troupeaux qui paissent et
bondissent en liberté sur la montagne, par le bruit harmonieux de leurs
bruyantes clochettes, par le son grave de la voix du berger appelant au chalet
les troupeaux dociles à sa voix, ou par les fidèles échos
répétant ces bruits divers et les mariant ensemble.
Ajoutez à tout cela l'air parfumé qu'on respire en ces beaux lieux
et qui vient de mille plantes rares dont les odeurs se mêlent et se confondent,
la tiède fraîcheur de la brise qui se joue constamment entre les
feuilles des multiples bosquets de hêtres ou de coudriers, et surtout
un horizon superbe dont l'immensité s'accroît sans cesse à
mesure que le voyageur opère son agréable ascension vers le sommet
du Mont d'Or, et vous n'aurez encore qu'une faible idée de la délicieuse
ivresse qui arrive à l'âme par toutes les fibres, organes de nos
sensations. Le plaisir qu'elle goûte est d'autant plus vif qu'elle semble
se dégager de son enveloppe. Toute autre pensée que celle que
ces beaux lieux font naître s'évanouit; l'aiguillon des passions
cesse de se faire sentir, une tranquillité, une paix intérieure,
un calme inexprimable leur succèdent: on se croit heureux pour la première
fois...
Roselyne
MOREL
La rescapée de Métabief
Editions Raisons d'enfance - février 2000
... Même en haut du téléski, où souvent les nuages
se déchirent pour laisser apparaître le sommet, on n'y voyait goutte.
De là, après deux ou trois descentes sur ce site, ils longeraient
la crête des falaises du Mont d'Or, puis ils glisseraient jusqu'au téléski
des liaisons qui les ramènerait sur le versant de Métabief, via
la fameuse Renversée. Pour l'instant elle essayait de voir où
passait la piste. Ce n'était pas facile dans cette espèce de coton
blanc qui les enserrait.
Par beau temps, ils auraient aperçu le moutonnement des forêts
en direction du lac de Joux et du village de Rochejean. La falaise de Piquemiette
formait une cassure abrupte au-delà de laquelle s'étirait la plaine
suisse. Par temps clair, le Mont Blanc se dessinait tel un sommet royal entouré
de pics altiers quoique moins imposants. L'irruption des nuages apportait parfois
la confusion : voyait-on ou ne voyait-on pas les Alpes? Ces dernières
semblaient jouer à cache-cache avec les masses cotonneuses qui, certains
jours, les avalaient toutes et finissaient par leur ressembler...

Au
sommet du télésiège, passer derrière l'enrochement
de protection contre les avalanches et monter sous les premiers arbres, à
droite du pierrier. Après un gros bloc, un vague sentier traverse les
éboulis en diagonale vers la gauche et remonte le couloir. Quelques buissons
et quelques aspérités rocheuses permettent de s'aider des bras
pour arriver sous une petite grotte qui a donné son nom au sentier du
four.Selon l'association 'Un passé Oublié' qui s'intéresse
au passé minier de la région, il semble que ce " four "
dans lequel on peut voir trois bouches circulaires, comblées de remblais,
ait été soit une

JEAN-FRANCOIS
NIVET
LE VOYAGE AU MONT D'OR
Editions SEQUENCES - Octobre 2006
... A Malbuisson, je trouverai un hôtel avec vue sur le lac. Tous les
matins je regarderai se lever le soleil rouge et les chalets de Malpas émerger
de la brume comme les steamers, jadis, dans les trouées d'Ecosse. J'écrirai
mon Jura perdu, mon Jura rêvé. Puis je marcherai. J'essaierai d'approcher
grèbes, courlis et colverts. Sur les pentes ombrées, je foulerai
ce qui reste de neige dans un bruit de feuilles qu'on froisse. Je respirerai
fort et je repenserai à nos concours de nez collés sur la route
de Belvoye. Je monterai au Mont d'Or dans des naissances de gentianes. Je déjeunerai
d'une omelette et d'une tarte aux myrtilles à la Boissaude. Puis nous
repartirons. Le chien coursera les vaches. Je le laisserai me devancer au bord
du précipice. Il aboiera au vide et au vent qui fait bouger les branches.
La sueur me coulera du front. JE m'agenouillerai tout en haut et je boirai le
Mont Blanc.
Marcel
NICOLIN
Les Balanciers de la Vie - Editions Thélès - 3° trimestre
2006
... Comme aux Hôpitaux-Vieux, aux Hôpitaux-Neufs, et dans presque
toutes les localités de la région, les routes sosnt sales, souillées
par les vaches qui vont au communal. Métabief ne fait pas exception.
Le sir, après la traite, un berger vient depuis l'extrémité
du village en soufflant dans une corne de vache pour avertir les paysans qu'il
est temps de lâche le bétail. On assiste alors à un spectacle
particulier. Les vaches sortent une à une des écuries par les
avant-couverts et viennent attendre sur la route. Le berger avance lentement
en continuant son appel de la corne. Il attend les retardataires. Plus il avance,
plus le troupeau augmente, bien sûr. Nous voyons alors ces grosses et
grandes vaches osseuses aux sonnailles hétéroclites, toutes de
la race des montbéliardes, musarder le long de la route, beusant et pissant
tant et plus en attedant l'obligation de presser l'allure. A l'autre bout du
village, elles s'engagent dans un chemin en pente en direction du Mont d'Or
pour rejoindre leur pâturage, le communal. Après leur passage,
l'état de la route a changé d'aspect; personne ne s'en offusque.
Le lendemain matin de très bonne heure, elles rejoignent les écuries
pour la traite...

Xavier MARMIER
En FRANCHE-COMTE - Histoires et paysages
Librairie Victor LECOFFRE - 1885
... Au-dessus des vertes vallées et des plateaux montgneux du canton
de Pontarlier s'élèvent trois hautes sommités qui dominent
au loin la contrée : le Mont d'Or, l'Aiguillon et le Suchet.
... Le soir, lorsque le ciel est revêtu d'un voile ténébreux,
qu'on n'entrevoit aucune étoile et qu'on ne distingue aucune trace
de chemin, les sacristains sonnent les cloches dans les villages pour guider
les pas de celui qui, à cette heure périlleuse, erre enconre
dans la campagne. Ah! c'est une triste chose que d'entendre le son de ces
cloches vibrant au sein de la nuit, à travers les sifflements de la
tempête et les rafales du vent! Ceux qui se trouvent alors à
l'abri sous la vaste cheminée de bois se resserrent autour du foyer
en se comptant pour voir s'ils sont bien tous réunis, et les mères
de famille, en se mettant à genoux, ajoutent à leur prière
ordinaire un pater et un ave pour les voyageurs égarés.
... Si cette saison d'hiver est effrayante à voir, elle offre aussi
parfois d'admirables spectacles. Quand l'atmosphère s'éclaircit,
quand les nuages se dispersent, il est beau de voir ces plaines de neige déroulées
dans l'espace comme des nappes d'argent, ces lacs et ces rivières dont
la glace miroite au soleil, et ces majestueuses forêts de sapins qui,
sur leurs tiges gigantesques et sur leurs longs rameaux portent si fièrement
le poids des frimas. Le ciel alors est d'un bleu limpide, l'horizon vaste
et sans tache, et il y a dans l'air vif que l'on respire une action énergique
qui fortifie les muscles et dilate le coeur.
... Et l'été vient, l'été dont on jouit avec tant
de charme après l'avoir attendu si lontemps. L'hirondelle rase le sol
du bout de l'aile et monte au bord des fenêtres où est placé
son nid, que l'on regarde avec un sentiment d'hospitalité, que les
enfants apprennent à respecter comme un heureux augure pour la prospérité
de la maison.
...Le laboureur attelle gaiement ses chevaux à la charrue; le berger
traverse le village avec sa corne rustique et conduit lestroupeaux au pâturage
en chantant la vieille chanson de ses pères. Toute cette belle saison
d'été éclôt en un instant comme une plante vigoureuse
et présente pendant des mois entiers au pinceau de l'artiste, à
la rêverie du poète, une splendeur étonnante, ou un tableau
d'une douceur mélancolique sans égale. Il faut voir cette contrée
quand le soleil couchant dore de ses derniers rayons la cime des montagnes,
quand une ombre flottant çà et là, imprégnée
encore de lueurs de pourpre, pénètre sous les majestueux arceaux
des forêts de sapins, quand l'oiseau s'endort sous la feuillée
en jetant dans les airs un dernier cri d'amour, que tout est calme et silencieux,
et qu'on n'entend dans la vallée que les tintements lointains de l'Angélus:
Oh! l'on éprouve alors je ne saurais dire quelle émotion profonde
de religieux respect et de pieuse tristesse qui vous ravit le coeur et vous
fait venir les larmes dans les yeux.
André
BESSON
Mon pays comtois - 1999
... Aux Longevilles, on épilogue depuis des siècles pour savoir
si le Mont d'Or doit véritablement son nom à d'anciens gisements
aurifères. Comme bien souvent en pareil cas, une légende est à
l'origine de cette controverse qui divise les érudits et les géologues
locaux.
On prétend qu'au Moyen-Age, un berger de ce village, gardant son troupeau
sur les flancs de la montagne, y aurait découvert un fabuleux filon au
fond d'une grotte. A l'inverse des fables dans lesquelles on voit des châtelains
prendre des bergères pour épouses, l'heureux garçon aurait
eu l'idée saugrenue de proposer au sire de Joux, Amauri 1er, de se marier
avec sa fille en échange d'une seille emplie de pépites d'or.
Feignant d'accepter ce marché, le fourbe et cruel seigneur de La Cluse
aurait laissé le berger apporter son trésor au château,
puis, pour en savoir plus sur les origines du magot, aurait fait torturer l'imprudent
et présomptueux manant. Celui-ci serait mort en emportant dans l'autre
monde le secret de l'endroit où se trouvait la grotte. C'est pourquoi,
depuis cette époque, de nombreux habitants de la région tentent
de retrouver, à la belle saison, l'entrée de la caverne mystérieuse...
E.
JOSSE
L'enfant du Mont d'Or
Editions Faivre-Vernay - 1925
... Claude connaissait le Mont d'Or. Gamin, avec un de ses cousins des Longevilles,
il en escaladait les rampes à la recherche des morilles, et plus d'une
fois il s'était oublié à poursuivre une portée de
levrauts ou un coq de bruyère égrenant un champ d'amour. Si l'année
était propice, il repartait au commencement de l'automne cueillir des
noisettes ou des alises. Il faisait à chaque excursion des trouvailles
qui l'émerveillaient. Il s'en allait d'ailleurs au gré des vents,
attiré par l'imprévu. Il s'abouchait sur la baume de la combe
à Baratou avec les fées qui habitaient ses profondeurs et il voulait
déchiffrer leur langage.
Il passait des heures entières couché sur la corniche du signal,
à explorer des yeux les roches abruptes et il emplissait sa tête
d'observations. Il y apercevait des fleurs rares qui allumaient ses convoitises,
des nichées d'oiseaux inconnus de lui qui logeaient dans des cavités
minuscules bien repérées, ou des essaims d'abeilles, en rupture
de ban, bourdonnant joyeux, enivrés de chaleur.
Il connaissait les mines d'argent de la Blonnay et son imagination, à
les contempler, nageait dans l'opulence. La guette aux loups lui avait livré
tous ses secrets, car plus d'une fois, dans la cabane, il avait assisté
à une chasse...
LES AMIS DE L'ABBAYE
DE MONT STE-MARIE ET DE SAINT-THEODULE - sous la direction de René
LOCATELLI
L'abbaye de Mont Sainte-MArie et le Haut-Doubs Forestier - 800 ans d'histoire
Juillet 1999
... Une dernière action, qui se développe surtout à l'époque
moderne et qui parachève la mise en place du peuplement s'amorce au
XV° siècle: la conquête du Noirmont. Cette fois-ci l'entreprise
revêt des formes originales car il ne s'agit plus exclusivement d'une
oeuvre collective qui aboutit à la création de hameaux, mais
aussi et surtout d'initiatives individuelles qui se traduisent par l'implantation
d'un habitat dispersé ou intercalaire, avec les granges ou les chalets
qui se disséminent sur les pentes du Mont d'Or...
... Mais au XV° siècle se met en place une politique moins libérale
qui déclenche par la suite de nombreuses contestations et procès
et qui caractérise le nouvel intérêt porté aux
Joux. D'une part la relance économique consécutive à
la guerre de Cent ans amène la reprise des défrichements, la
découverte de minerai de fer sur les pentes du Mont d'Or introduit
à Jougne et à Rochejean la métallurgie, grosse consommatrice
de charbon de bois; d'autre part, la Réforme protestante incite les
Suisses, en particulier les Bernois, à se montrer plus expansifs et
à se lancer à leur tour dans la conquête des forêts
en repoussant la frontière franco-suisse à la ligne de crête...
Henri
SACCHI
L'Or des Suédois - 1998
... - Avaient' ils des chevaux ...?
- Très peu. Je n'ai compté qu'une demi-douzaine de cavaliers,
mais peut-être y en avait' il d'autres cachés dans les bois ...
- Y avait' il un Lorrain parmi eux ?
- Je ne saurais vous dire ... je ne crois pas.
- As-tu la moindre idée de la direction qu' ils ont prise ?
- Pour sûr. Je sais même précisément où ils
sont allés...
- Comment cela ?
- Ben oui. Après qu' ils nous aient fait descendre de la charrette, ils
ont continué à nous rouer de coups, au point que la tête
de mon gars saignait en abondance. Antoine est tombé en pâmoison
et moi, terrorisé, j'ai fait le mort dans un fossé. Persuadés
que nous étions occis, ils ont parlé sans se méfier de
nous ...
- Et qu'ont' ils dit ?
- Ils se sont séparés en deux groupes. Le grand gaillard qui semblait
commander a dit : "nous, on va au village chercher de quoi soigner LACUZON".
Et puis il a ajouté : "on se retrouvera ce soir aux Fourgs, et de
là on partira tous ensemble vers le Mont d'Or".
- Le Mont d'Or ... ? Tiens, tiens ..., commenta le vicomte. Cela signifie qu'ils
cherchent à gagner les Cantons. Ainsi donc, à t'en croire, ce
serait la bande à LACUZON. Et celui-ci serait malade ou blessé
... ?
- Cela m'en a tout l'air ...
- Bien ... bien ...
Charles du Bosc-Bellay eut alors un long conciliabule en allemand avec le colonel
Rose. Pille-Muguet, qui connaissait quelques rudiments de cette langue, comprit
que les deux hommes s'interrogeaient sur la sincérité de son récit.
Discrètement, il essuya les gouttes de sueur qui perlaient sur son front.
Immobile à ses côtés, Antoine se tenait la tête entre
les mains. Le vicomte revint vers le centre de la pièce...
Ardouin
DUMAZET
Voyage en France - 1901
... Un instant, vers Les Hôpitaux-Vieux, les monts s'écartent en
une petite plaine dans laquelle s'éparpillent les maisons et les chalets
du Touillon. Ce seuil voit naître des ruisseaux allant au Rhône
par le Doubs, au Rhin par l'Orbe.
Le versant rhénan apparaît tout-à-coup près des Hôpitaux-Neufs.
Comme la descente est brusque sur le bassin de Vallorbe, les montagnes, d'apparence
si modeste en France, prennent sur la frontière même un caractère
de majesté. A l'issue du vallon de la Jougnenaz, le Mont d'Or du Jura
se dresse en beaux escarpements. A mesure que l'on avance dans la gorge parcourue
par la route et sous laquelle le chemin de fer s'est frayé un tunnel
pour échapper aux neiges de l'hiver, ce caractère de grandeur
s'affirme d'avantage; entre les puissantes murailles rocheuses dorées
par le soleil s'ouvrent d'étroits vallons...
Edmond JANTET
Histoire de Jougne - 1902
...Il est peu de criminels dont le nom soit aussi connu que celui de Mandrin.
Quand quelqu'un a dit : "Cartouche et Mandrin", il croit avoir nommé
les deux plus grands malfaiteurs qui aient existé. Dieu nous garde de
songer à réhabiliter l'un ou l'autre de ces personnages qui étaient
certes de grands coupables et qui ont payé cher leurs méfaits.
Nous devons toutefois faire connaître que Mandrin n'était qu'un
audacieux contrebandier, chef d'une bande nombreuse et bien armée, qui
bravait les agents du fisc et n'hésitait pas à engager le combat
avec eux, qui ne reculait même pas devant les troupes régulières
envoyées contre lui et s'empara de villes comme Beaune, Seurre et Autun
pour y rançonner la ferme générale. S'il y avait une circonstance
atténuante en sa faveur, c'était qu'il mettait sa vie en jeu et
qu'il n'y avait rien de bas et d'abject en lui. Ce n'était ni un Tropmann
ni un Lacenaire.
Mandrin a opéré souvent à Jougne ou aux environs, passant
par le Mont d'Or avec ses cavaliers chargés de marchandises prohibées.
Son audace lui avait attiré une renommé étonnante et ses
luttes avec les agents des fermiers généraux étaient l'objet
de toutes les conversations du soir, entre gens de la frontière assez
indulgents aux contrebandiers.
Seulement le crime de contrebande était un crime ne méritant pas
de pardon. Pour avoir introduit quelques livres de sel, le délinquant
était condamné, pour la vie, à ramer sur les galères
du roi. Qu'était-ce, quand il avait été comme Mandrin,
l'auteur de la mort de nombreux douaniers et soldats. Mandrin, livré
par les gardes du roi de Sardaigne, fut roué vif et s'il eut existé
un supplice plus cruel, il ne lui eut pas été épargné...
Le
monde est un livre
Dont
chaque pas nous ouvre une page
Alphonse de Lamartine